C’est l’un des rares cas dans les fables de l’Esope où l’on ne voit qu’un seul protagoniste animal. Le renard, fatigué par la chaleur torride de l’après-midi ensoleillé, remarque une grappe de raisin suspendue à une certaine hauteur. Il les désire tout de suite car ils serviraient bien à étancher sa soif. Il a essayé de faire tout ce qui était possible dans le cadre de ses mesures pour s’emparer du raisin – de la course à pied au saut et au saut à la corde !

Enfin, fatigué d’essayer, il les abandonne enfin, rationalisant son échec en croyant que le raisin était aigre après tout ! A quoi Jean de La Fontaine ajoute une remarque, demandant aux lecteurs, s’il vaut mieux que le renard se contente de ce mensonge, ou qu’il continue à se plaindre de ne pas pouvoir obtenir les raisins ?

Aussi simple que l’histoire puisse paraître, il y a certains aspects qui rendent son interprétation un peu compliquée. Un point qui modifie le sens, ou introduit la possibilité d’une autre interprétation, est l’utilisation du mot  » aigre « . Il est intéressant de noter que le mot grec utilisé dans ce contexte était  » όμφακες εισίν  » (omphakes eisin), qui signifie  » raisins verts « . Cette expression a un double sens, puisqu’elle s’adresse à la fois aux raisins non mûrs et à une femme mineure qui n’est pas assez âgée pour être mariée. Certains spéculateurs suggèrent que le mot  » vert  » a été volontairement remplacé par  » aigre « , en raison de l’ambiguïté sexuelle associée à ce terme. Néanmoins, la justesse du sens de l’histoire peut être mise en doute, compte tenu du fait que si le renard lâchait les raisins parce qu’ils n’étaient pas mûrs, peut-être pourrait-il penser à revenir à un moment opportun, avec une meilleure stratégie pour les récupérer ?

Morale de l’histoire

La morale largement acceptée associée à ce conte est : « Il est facile de mépriser ce qu’on ne peut obtenir. » Le renard était incapable d’obtenir ce qu’il désirait, pour lequel il consacrait tant de temps et d’efforts, mais tout cela en vain. Enfin, pour rationaliser la situation, il se dit qu’elles étaient de toute façon impropres à la consommation et qu’il vaut mieux passer à autre chose. Cela ne fait que souligner la tendance humaine à accepter une situation d’échec, sans se considérer comme un échec. Nous refusons d’accepter notre incompétence et commençons à dire du mal de l’irréalisable.

A noter que dans certaines versions, il a été mentionné que les raisins semblaient mûrs, il y a donc des chances qu’ils n’étaient pas encore mûrs après tout ! Par conséquent, la morale de cette histoire peut aussi être interprétée comme : « On a tendance à dire du mal de ce qu’on ne peut pas atteindre. »

Si nous examinons cette histoire sous différents angles, nous pourrions peut-être mieux comprendre ce que cette histoire nous enseigne réellement. Tout d’abord, il nous apprend à fixer nos objectifs après mûre réflexion et planification. Le renard a été tenté quand il a vu la grappe de raisin succulente qui était assez bonne pour étancher sa faim/sa soif. Sans se soucier de la façon dont il les obtiendrait, et s’il a les moyens et les compétences pour les obtenir, il a gaspillé son énergie et son temps pour quelque chose d’irréalisable. S’il avait spéculé sur les possibilités de réalisation de cette entreprise, il serait allé ailleurs pour étancher ses désirs.

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